Parlons aujourd’hui d’un monument de la musique : le blues. C’est le style précurseur de notre instrument. Petit rappel historique : le nom complet de la batterie est « la batterie jazz », et le jazz découle directement du blues !
Ce petit rattrapage étant fait, parlons du blues et plus particulièrement de mon blues. Grâce à l’intelligence artificielle Suno, j’ai créé un titre en français. L’objectif ? Que tout le monde comprenne les paroles pour mieux saisir notre rôle de batteur accompagnateur.
Les premiers mots du morceau donnent le ton :
« D’habitude, on coupe les cheveux en quatre, on cherche, on discute, on complique tout. Mais ce soir pour parler de mon blues, on va les couper en trois. Trois comme les battements d’un vieux rythme ternaire. »
Quelle belle entrée en matière ! Couper les cheveux non pas en quatre (le binaire), mais en trois (le ternaire). Deux mondes qui s’affrontent ? Pas du tout, mais deux univers bien distincts que nous allons décortiquer ensemble.
Le feeling avant la vitesse
Dans le blues, le feeling et le groove comptent bien plus que la technique pure. Par technique, j’entends la vitesse, la virtuosité ou la polyrythmie — toutes ces choses qui demandent des années de pratique.
— Ah ! Bonne nouvelle, on n’a pas besoin de technique pour jouer du blues ? — Non, attention, ce n’est pas ce que j’ai dit !
Transmettre un ressenti demande une autre forme de maîtrise. Comprendre et internaliser le ternaire est bien différent du traditionnel « poum-tchack » binaire. Pour un batteur débutant, ce groove n’est pas toujours aussi simple qu’il n’y paraît.
Un morceau sur mesure pour progresser
L’avantage d’utiliser l’IA for mes outils pédagogiques, c’est le contrôle total. Pour Ma Lady, j’ai choisi des paroles en français et un tempo lent.
Derrière, je réenregistre systématiquement les vraies pistes de batterie. Pourquoi ? Pour éviter le piège des morceaux du commerce qui cachent toujours un break trop complexe, un roulement ou un ras-de-trois frustrant pour un débutant. Ici, pas de mauvaise surprise : tout est progressif, jouable, et je vous montre la partition mesure par mesure.
Entrons dans le vif du sujet : parlons des triolets de croches et du ternaire !
Quelle est la difficulté du ternaire ?
Pour au moins 80 % de la musique diffusée aujourd’hui, nous sommes en musique binaire. Cela veut dire que chaque temps se divise par deux. Pour vous qui suivez régulièrement les cours de ce site, ce sont par exemple les croches. Vous jouez deux coups égaux par temps, que vous comptez : 1 et 2 et 3 et 4 et. Évidemment, vous pouvez aussi couper chaque temps en 4 si vous jouez des doubles croches. Le binaire est la musique que l’on entend partout, et probablement celle que vous jouez le plus.
Je dis « maintenant », car autrefois, la musique populaire — celle des veillées paysannes ou celle sur laquelle on dansait — était le plus souvent ternaire.
Dans le monde ternaire, chaque temps est coupé en trois. On utilise pour cela des triolets de croches, où l’on joue trois coups égaux par temps. Pour les compter, vous pouvez faire 1-2-3, 2-2-3, 3-2-3, 4-2-3, ou pour les plus gourmands : Cho-Co-Lat (ou Tri-o-let, comme l’a si gentiment fait remarquer un abonné sur ma chaîne YouTube !).
Comment faire la différence à l’oreille ?
Écoutez une chanson en tapant le tempo dans vos mains ou avec votre pied :
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Si vous pouvez compter naturellement 1-2, 1-2, 1-2 sur chaque battement : la musique est binaire.
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Si vous comptez naturellement 1-2-3, 1-2-3, 1-2-3 : la musique est ternaire.
⚠️ Attention à la valse ! La valse est une musique en 3 temps, souvent rapide, où l’on compte 1-2-3. Mais ici, ce sont les temps eux-mêmes que l’on compte, pas la division du temps ! Dites-moi dans les commentaires si vous avez un doute sur les morceaux que vous écoutez.
Si nous remontons un peu le temps, par qui était chanté et joué le blues à l’origine ? Par les Afro-Américains. Or, en Afrique, la musique ternaire est largement dominante (même si rien en musique n’est jamais aussi simple !). Le jazz étant dérivé du blues, ce style est lui aussi majoritairement ternaire. Évidemment, ce sont des généralités. C’est comme dire qu’il fait plus froid au nord qu’au sud : vous vous doutez bien que parfois, la météo nous indique l’inverse !
Les deux grandes familles du Blues : Le 12/8 et le Shuffle
Le blues est donc ternaire. Ce n’est pas sa seule particularité, mais c’est celle qui nous intéresse pour le moment. Dans le blues, on trouve deux grandes familles : le 12/8 et le shuffle.
Commençons par le rythme de base de notre morceau : le 12/8.
Expliquer le 12/8 en détail prendrait plusieurs pages et vous embrouillerait plus l’esprit qu’autre chose. Pour faire simple : quand on écrit un triolet de croches sur une partition standard, on est obligé de rajouter un petit « 3 » au-dessus des notes. Sur toute une page, croyez-moi, passez-moi l’expression, c’est un peu « lourding ».
Pour éviter ça, on utilise une formule magique : on écrit le morceau en 12/8. Avec ce chiffrage, plus besoin de mettre des petits 3 partout, puisque les mesures en 12/8, 9/8 ou 6/8 sont automatiquement ternaires.
Dans le langage des musiciens, quand on parle d’un 12/8, on fait généralement référence à un blues lent (et on en revient à ma météo de tout à l’heure 😉). L’autre grande famille est le shuffle, mais j’y reviendrai dans un prochain article, car il y a là aussi beaucoup à dire.
Comprendre est une chose, mais jouer et ressentir toutes les subtilités du ternaire en est une autre. Je ne prétends pas toutes vous les donner ici, sinon ce n’est plus un article que je vous écris, c’est un livre !
L’art de jouer « Au fond du temps » (Laid-back)
Dans ma vidéo Apprendre à jouer un blues lent à la batterie, je mets l’accent sur une notion cruciale : jouer au fond du temps (ou laid-back). C’est une expression que vous avez probablement déjà entendue, mais qu’est-ce que cela signifie concrètement ?
Pour définir cette sensation, j’aime utiliser cette image : 🎷 Imaginez-vous en train de jouer à 3 heures du matin dans un club de jazz. Vous avez toujours envie de jouer, votre frappe reste sûre, mais la fatigue commence à se faire sentir. Résultat ? Vos coups sont un tout petit peu en retard.
Quand je dis « un peu en retard », qu’on se comprenne bien : pour votre rendez-vous de 14h00, vous arrivez à 14h01, pas à 14h10 ! Si vous jouez avec un métronome, cela signifie que vous laissez passer le clic et que vous jouez juste après.
D’ailleurs, si vous écoutez attentivement le titre Ma Lady, on entend parfois le clic arriver juste après mon coup de caisse claire.
La dissociation des éléments de la batterie
C’est là une autre grande particularité du blues à la batterie : tous nos éléments (grosse caisse, charleston, caisse claire) ne sont pas joués au fond du temps de la même manière.
Sur le début du titre, on ressent surtout la caisse claire jouée très en arrière, comme si j’hésitais à la frapper. En règle générale — même si la normalité reste subjective en musique —, la grosse caisse et le charleston restent bien sur le temps, tandis que la caisse claire s’installe au fond du temps. C’est un exercice de dissociation mentale incroyable et très amusant à travailler !
(Si vous voulez un contre-exemple parfait, allez jeter un œil à mon cours sur le funk : là-bas, au contraire, tout est poussé vers l’avant !)
Adapter son feeling aux intentions du chanteur
Jouer au fond du temps n’est pas une règle absolue du début à la fin d’un morceau. Dans Ma Lady, le feeling évolue selon la structure de l’histoire :
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Sur les couplets : On s’installe confortablement au fond du temps pour poser l’ambiance mélancolique.
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Sur les refrains (« Ma lady est partie… ») : Le groove se resserre, on joue un peu moins en arrière.
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Sur le pont (Bridge) : On ne joue plus du tout au fond du temps.
Pourquoi ce changement sur le pont ? Parce que le chanteur s’énerve et exprime sa tension :
« Dis-moi, tu reviendrais si je change de gamme ? Tu reviendrais si j’accélère le tempo ? Tu reviendrais si je joue tout droit ? Tu reviendrais si j’arrête le blues ? »
Pour accompagner cette détresse et cette tension, la batterie doit se faire plus pressante. Il n’y a plus aucune raison de « traîner ».
C’est précisément ce que j’ai voulu vous transmettre avec ce morceau : vous faire ressentir et vivre les différentes phases de l’accompagnement. Et c’est aussi pour cela que j’ai écrit ces paroles en français. Tout le monde ne maîtrise pas l’anglais, et je voulais que chaque nuance du texte soit immédiatement saisie par le batteur pour qu’il puisse adapter sa frappe à l’histoire.
En conclusion : Le Blues, une musique « trop simple » ?
J’ai parfois entendu cette réflexion : « Le blues, c’est bien gentil, mais c’est toujours la même chose. »
À cela, j’ai deux réponses.
D’abord, on peut penser cela de n’importe quel style tant qu’on n’en connaît pas les codes et les subtilités — que ce soit la musique latine, le rock, le funk, le métal, le jazz, le bebop ou le dixieland.
Ensuite, si on prend une partition du légendaire guitariste B.B. King, c’est vrai : pas de triples croches, pas de gammes complexes. Certains diront qu’il jouait toujours les mêmes notes et le même rythme. Oui, c’est vrai. Mais tout son art résidait là : son langage était simple, mais tellement puissant. B.B. King utilisait « peu de mots », mais il savait raconter les plus belles histoires du monde.
Je vais prendre un risque pour terminer cet article, quitte à en choquer certains : si votre but ultime est de jouer le plus vite possible — un peu comme ce pauvre batteur dans le film Whiplash — et de simplement montrer ce dont vous êtes capable techniquement, alors effectivement, le blues à la batterie ne va pas vous intéresser.
Par contre, si pour vous la musique est un moyen d’expression, un langage, et que le groove et le feeling sont vos priorités pour servir cette « Grande Dame » qu’est la Musique… alors plongez la tête la première dans l’univers du blues !
Si vous souhaitez dompter ce fameux rythme ternaire et accompagner vos premiers morceaux, passez à l’action :
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Pour vous entraîner dans les meilleures conditions, rendez-vous sur la boutique du site pour vous procurer le pack complet de Ma Lady : la partition, la piste drumless (sans batterie) et les vidéos synchronisées.
💡 Le mot de la fin : Ah, au fait… L’excellent Steve Gadd, batteur à la technique extraterrestre qui a accompagné les plus grandes pointures de la planète, adorait jouer derrière B.B. King. À méditer !
Tchao,
Marco
